4 Avril 2011 - Japon
4 avril : retour à Ishinomak, 51 bénévoles cette fois - 28 étudiants de l'IVUSA (Association Internationale d'étudiants bénévoles) et 20 étudiants en Médecine du Sport de l'Université de Kokushikan. En arrivant, nous montons deux tentes, une grande pour servir de bureau et une tente cuisine, plus neuf autres à côté pour dormir. Si nous nous serrons - comme des sardines en boîte – nous pouvons nous mettre 5 ou 6 par tente, mais il n'y a même plus de place pour se retourner !

Nous avons commencé par déblayer la boue dans les maisons de la région de Kawakita. Avant de nous mettre au travail, le maire de Kawakita s'est adressé à nous tous. Il nous a dit que 140 des 160 élèves de l'école élémentaire du village n'avaient pas encore été retrouvés. Quand le tremblement de terre a eu lieu, on les a tous fait sortir dans la cour et ils ont été emportés quand l'océan a déferlé. Il nous a prévenus qu'on risquait de découvrir des cadavres. C'était assez dur à entendre pour les bénévoles et j'ai bien vu qu'ils avaient du mal à contenir leur émotion.
Les volontaires se sont divisés en cinq groupes de neuf avec un chef par équipe, chaque groupe s'occupant de quelques maisons : nettoyer la boue, sortir tout le mobilier : chaises, tables, futons, télévisions, lave-linges, buffets, etc. Les murs des maisons conservaient la trace bien visible du niveau maximum atteint par l'eau, presqu'à 1m80 du sol.

Dans la maison où j'avais été envoyé, une jeune mère et sa fille adolescente sortaient tranquillement tous leurs meubles lourds. La boue dégoulinait sur les joues de la mère le long de son masque anti-poussière. Je suis allé les aider à sortir tous les tatamis qui pesaient d'autant plus qu'ils étaient gorgés d'eau. Nous avons ensuite sorti le reste des meubles. Nous avons transformé un tricycle en charrette pour porter les ordures sur le bas-côté. Ensuite, nous avons nettoyé toute la boue du garage.
Au premier abord, pas question pour la mère et sa fille de se dérider, mais à force d'entendre les étudiants leur parler avec entrain, elles se sont progressivement mises à se décontracter et à sourire. Je sentais leurs cœurs – choqués et un peu endurcis par la brutalité du tsunami – s'adoucir lentement sous l'effet du dévouement, de l'ardeur et de la bonne humeur des étudiants.
Certains étudiants se sont pas mal attachés aux familles qu'ils aidaient. De nombreuses familles ont invité les bénévoles à revenir l'année suivante pour aller à la pêche avec eux. Mais le travail était très dur : porter de lourdes charges toute la journée, balayer de la boue nauséabonde. Pourtant, tout le monde a gardé sa joie et sa bonne humeur tant on était décidés à finir le travail et à aider les gens confrontés à tant de malheur.

Au bout de deux jours de ce travail, les organisateurs nous ont demandé de changer de village mais les étudiants voulaient continuer à travailler à Kawakita, car ils s'étaient attachés à la population. Ils se sont même mis à scander : « Laissez-nous tout finir ! Laissez-nous tout finir! Laissez-nous tout finir !» À ce moment, la beauté et le rayonnement des bénévoles m'irradiaient, moi, les gens de la région et tout le monde. L'éclat merveilleux de leur être éblouissait nos yeux.
Ressentir la tristesse des autres comme la mienne. Un pour tous, tous pour un.
S'oublier pour penser aux autres et se mettre à leur service. Cela procure une joie bien plus profonde que la satisfaction de ses propres désirs.
- Viveka |